lundi 23 août 2010

Carnets de Bords - Rio Juillet/Août 2010

Très chers amis,

En 2009 nous avons, le producteur-compositeur-arrangeur Mario Adnet et moi, eu l’occasion de rendre hommage à la musique de mon père à travers un album qui s’appelle Afrosambajazz, a música de Baden Powell. Nous avons revisités les standards de l’oeuvre originale; Os Afrosambas de Baden Powell e Vinícius de Moraes, enregistré en 1966, et aussi présenté quelques thèmes inédits faisant partie du même opus, retrouvés dans les tirroirs de Baden récemment. En 2010 c’est une tournée dans les quatre coins du Brésil que nous avons mis en place grâce à la subvention de la banque Itaú BBA, plus une belle surprise; deux nominations au Prêmio da Musica Brasileira, l'équivalent des Victoires de la Musique en France, dans les catégories: "meilleur arrangeur" et "meilleur disque Instrumental".

Si j’avais pu, je vous aurais tous mis dans ma valise pour partager ensemble quelques beaux moments au Brésil où je me trouve actuellement pour cette aventure. Je vous ai donc préparé ce petit carnet de bord pour vous raconter et vous montrer un peu comment ça se passe.

I. Chegança - Arrivée

Après une dizaine d’heures de vol Air France eu toute tranquilité, nous sommes arrivés à Rio, Rafaëla et moi. Le protocole passeport-bagages-douanes mené par les brésiliens frôle le ridicule et me fait fait presques sortir des gonds de part certaines incohérences dont j’avais perdu l’habitude. Une heure et demie s’est écoulée avant que nous puissions retrouver ma mère, Silvia, pour enfin gagner cette belle et vieille maison à Barra da Tijuca où j’ai passé mon adoléscence. En arrivant je retrouve ma chambre, (ci-contre) mon vieux Rhodes Piano et quelques bouquins qui on nourrit mon adolescence. Quand le ciel est dégagé, il est possible de contempler la Pedra da Gavea (ci-dessous) du balcon, mais ce matin Rio s’est levé d’humeur londonienne, vêtu de grisaille, et nous a accueillit avec une pluie incéssante ayant déjà fait bien des dégâts rien qu’en deux jours. En effet, c’est l’hiver au Brésil… il pleut beaucoup et les températures ne dépassent pas… les 25° :)
Après avoir profité du WE pour nous remettre du décalage horaire et nous régaler avec la bonne cuisine de ma mère, j’ai rejoins mes comparses pour répéter pendant deux jours au Studio Verde dans le beau quartier Cosme Velho aux allentours de la zone sud de la ville. C’est une équipe de rêve, avec les meilleurs musiciens disponibles, la plupart d'entre eux figure dans les disques plus importants de la musique populaire brésilienne et on les voit souvent aux côtés des plus grands du pays. Ce sont aussi des amis très chers qui m’on vu grandir, j’avais eu auparavant l’occasion de travailler en sideman avec certains d’entre eux.
J’ai une admiration particulière pour le percussioniste Armando Marçal (à gauche) qui a fait partie du Pat Metheny Group pendant plus de dix ans. Il joue sur les disques que je préfère du guitarriste: Still Life Talking, Letter From Home, The Road to You et Imaginary Day. Pour ceux qui ne connaissent pas... je vous conseille d'y jetter une oreille ça en vaut le detour. C’est une immense joie de l’avoir sur ce projet.
À présent je suis à Recife, dans le nord-est du Brésil, ce soir c'est notre première.




II.
Noites Nordestinas Nuits Nordestines

Nous sommes arrivés à Recife la veille au soir de notre première. Cette ville se trouve dans l’état de Pernanmbuco dans le nord-est du pays, une des plus belles régions du Brésil. Dès la descente de l’avion on pouvait sentir le soufle chaleureux provenant de la mer nous embrasser. Direction l’hotel où nous étions attendus pour une conférence de presse; une première pour moi! J’ai même eu un peu de mal à réaliser l’intérêt porté par des médias telles que la Rede Globo, principale chaîne ouverte. Or il s’agit bien d’un projet de musique instrumental et c’est bien nous qui le présentons. Arrivé dans ma chambre je découvre une vue sur la mithyque plage de Boa Viagem (ci-contre), magnifique même en robe du soir. J’ai été bercé par le chant nonchalent des vagues qui a dût inspirer bien des poètes et des musiciens.

C’est dans le théâtre de l’Université Fédérale que nous avons joué notre premier concert, pour un peu plus de mille personnes. Une très belle salle avec une acoustique moyenne, le son amplifié m’a un peu dérangé mais c’était agréable à jouer dans l’ensemble.

La deuxième nuit “nordestine” s’est déroulée à Salvador de Bahia, terre de tous les saints et toutes les croyances, terre “première” qui a vu arriver les portugais et africains, un des berceaux de la diversité culturelle du pays. Malheureusement il pleuvait des cordes et notre vol avait été retardé, ce qui a annulé une visite que j’aurais aimé faire. Les bahianais sont connus pour être très lents et notre retard ne les a pas affolé, le check-in a donc aussi pris du retard. Mônica Salmaso, la chanteuse qui fait une belle participation dans nos concerts, avait perdu sa voix ce jour là suite à une intoxication alimentaire. Je me demandait ce qui restait encore à venir… il y a des jours comme ça. Lorsque nous sommes arrivés dans le célèbre théâtre Castro Alves, le théatre de la ville, un magnifique Steinway & Sons me tendait ses touches, la première bonne nouvelle du jour. Après une balance méticuleuse, nous sommes parvenus à trouver un bon équilibre sonore et tout le monde en était ravi. A l’ouverture des portes la salle de deux milles places s’est rapidement remplie, Mônica a même pu chanter une chanson et le concert était magnifique.

III. Inverno Tropical - Hiver tropical

Dans le sud du Brésil, en hiver, il fait froid c’est incroyable mais vrai! J’ai dû mettre un pullover et me couvrir d’un cuir pour afronter les basses températures gaúchas, on aurait presque pu, je dis bien presque, se croire en Europe. Or les similitudes avec le "vieux monde" ne s’arrêtent pas là car en effet le sud du pays est peuplé par des descendants d’italiens et d’allemands. À l’exemple d’une certaine Gisele Bünchen dont les jolis traits trahissent ses origines euro-brésiliennes.
La première ville à nous acceuillir a été Curitiba (ci-contre une place du centre ville) capitale de l’état du Paraná, une charmante cité très bien entretenue et organisée qui fait d’elle un des principaux pôles du pays. Cette gestion à l’allemande, pour ainsi dire, est d’ailleurs une caractéristique des villes du sud en général et distingue cette région des autres du pays.
Au Teatro Guaíra (ci-contre) nous avons joué pour un publique chaleureux d’environ deux milles personnes, les gens sont venus nous voir à la fin du spectacle et certains m’ont raconté le dernier passage de mon père par là, c’était très émouvant et je n’étais pas encore au bord de mes émotions. Nous sommes partis le lendemain pour Porto Alegre, une des villes les plus connues du Rio Grande do Sul plus au sud où il faisait encore plus froid. Nous avons siégé au Teatro São Pedro, un lieu magique agé de 150 ans par où sont passés les plus grand noms de l’art dramatique de la danse et de la musique au Brésil. Chaque coin du théâtre semble murmurer son histoire et les gens de l’équipe nous ont reçu avec une incroyable hospitalité.

Depuis plus de 40 ans la direction appartient à une charmante dame Dona Eva (Mme. Eva ci-contre), une allemande débarquée encore enfant au Brésil qui porte en elle le meilleur de chaque culture. Elle m’a également parlé du passage de mon papa en 1997, un moment imortalisé par un beau portrait qu’elle m’a gentillement offert avant le spectacle. Le concert s’est très bien déroulé, nous avons trouvé une cohésion difficile à mettre en place lorsqu’on est plusieurs, en l’ocurrence 14 sur scène… la musique prend vie de différentes manières selon les villes et les gens mais nous parvenons à la jouer comme si pour la première fois, ce fut un plaisir et grand honneur de pouvoir jouer sur cette scène. A la fin, une dernière surprise, nous avous eu parmis les spectateurs un des plus grands écrivains brésiliens Luiz Fernando Veríssimo qui nous avait déjà honoré par sa présence à des concerts parisiens, il faut croire qu’il aime ce que nous faisons… en tout cas je suis fan de ses livres.

IV. São Sebastião - Saint Sébastien

Pendant les cinq dernières semaines j’ai parcouru quelques villes brésiliennes mais trop rapidement, juste le temps d’arriver, de jouer un concert et de repartir. J’ai en effet passé une grande partie de mon séjour à Rio de Janeiro, ville où j’ai également vécu pendant quinze ans. En arrivant j’ai tout de suite commencé à appeller des amis que je n’avais pas vu depuis mon déménagement à Paris, c’est à dire depuis bientôt cinq ans. Leur surprise accompagnait une même question: -“ça y est, tu es de retour ?”. Bien que les difficultés soient plus importantes que la volonté de retourner vivre à Rio, je n’ai su quoi répondre laissant le silence parler à ma place tout en sachant que ce ne serait pas encore cette fois-ci. J’y songeais lors d’un atterrissage à l’aéroport Santos Dumont me disant qu’il ne me restait plus qu’a faire le plein de tout ce qui me manque de cette terre que j’aime tant.

São Sebastião (Saint Sébastien), est le patron de la “ville merveilleuse”, c’est ainsi que l’on a surnommé Rio. São Jorge (Saint Georges) est traditionnellement celui du malandro (mâlin), personnage mythique des années 30 qu’on voyait dans les rues du quartier de Lapa dans le centre ville. Gentleman cultivé et habile capoeiriste, il était toujours habillé en costume blanc, chemise aux raillures rouges, coiffé d’un Panama et avec un rasoir en poche pour se défendre. Il ne croyait pas au travail comme mode de vie et employait des moyens douteux pour gagner son pain, ce qui ne faisait pas de lui un vrai voyou.
C’est dans ce même quartier de la bohème carioca, que j’ai vadrouillé un samedi soir pour retrouver des visages familiers à chaque coin de rue ou de vieux amis qui jouaient dans des “clubs de samba” comme Estrela da Lapa, Democráticos, ou encore Lapinha pour en citer quelques uns. J’ai été ravi de retrouver ce lieu plein de nouveaux talents où la musique semble se renouveler sans arrêt. On a écouté, chanté et dansé jusqu’au petit matin pour finalement envahir le restaurant Capella, seul lieu encore ouvert avant l’aube. Réputé pour son cabrit, tendre et accompagné d’un délicieux risotto de brocolis, il sert depuis des années de refuge aux derniers fêtards affammés et perdus des nuits de Lapa.

Il m’a été difficile de résister à la gastronomie brésilienne, elle fait partie de ces choses que je ne trouve pas ailleurs. J’ai donc été contraint de suivre un régime composé de deux feijoadas (plat typique ci-contre) par semaine, (dont une mémorable au “club de samba” Candongueiro à Niterói), des jus de fruits tout les matins (mon préféré reste toujours papaye-orange) et des fruits de mer bien sûr, (à Recife j’ai pu goûter à un fameux risotto aux langoustines).
Pour me dépenser, car toute cette gourmandise vaut cher en Kg, j’ai été faire un tour, avec Yaëlle et Rafaëla, au Pagode da Velha Guarda à Portela, une des écoles de sambas les plus traditionnelles de Rio. Ils jouent de la samba tout l’après-midi un samedi par mois. C’était drôle de voir Rafaëla parmis d’autres petites brésiliennes aux traits physiques et façons similaires témoignant d’une appartenance indéniable au peuple brésilien.

La soirée de remise des prix du Prêmio da Música Brasileira (les vitoires de la musique mais en version tropicale :) restera éalement un beau souvenir de ce voyage. Notre album, Afrosambajazz, a remporté le prix dans la catégorie “meilleur arrangeur”. Tous les “grands” du métier étaient là, certains sont venus nous saluer ou faire connaissance, d’autres, plus proches, ont fêté avec nous… c’était très chouette.
À présent je prépare ma valise pour repartir, à Paris qui me manque... telle est ma vie de contante saudade. J’y range mes tongues, de la musique, des saveurs, un peu de soleil, beaucoup de joie et l’amour de mes proches.
J’espère ne pas vous avoir trop embêté avec mes carnets de bord, j’avais vraiement très envie de partager ces quelques moments précieux avec vous et vous remercie de les avoir suivis.

À bientôt,

Philippe






1 commentaire:

  1. Voici ma nouvelle blogue poéthique...

    Poésie étrangère

    Et, toujours :

    Sur le pont d'Avignon. Le coup frappa l'enfant à la mâchoire. Il resta debout. Souriant. Le tireur: rien. Le fusil: aucun. Et il y avait cette aube et ce soir pleins des expectations les plus brillantes.

    Poétudes

    S'il vous plait...

    - Peter Ingestad, Sverige

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